ChatGPT appartient à OpenAI Group, une Public Benefit Corporation (PBC) dont l’actionnariat s’est profondément recomposé entre 2023 et 2026. Derrière le produit grand public, la table de capitalisation révèle un jeu de pouvoir entre une fondation à but non lucratif, un hyperscaler cloud et des industriels du semi-conducteur.
Structure juridique d’OpenAI : la PBC et le rôle de la Fondation
OpenAI a achevé sa conversion en Public Benefit Corporation, abandonnant le modèle hybride « capped-profit » qui plafonnait le retour des investisseurs à x100. Cette suppression du plafond a débloqué la perspective d’une introduction en bourse.
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La Fondation OpenAI conserve environ 26 % de l’equity de la PBC. Ce chiffre peut sembler modeste, mais la gouvernance ne suit pas la logique actionnariale classique : la Fondation dispose du pouvoir de nommer et révoquer l’intégralité du conseil d’administration de la PBC. Autrement dit, même minoritaire en capital, elle garde la main sur les décisions stratégiques.
Sam Altman, PDG, ne détient pas de participation directe significative dans le capital. Son influence passe par son rôle opérationnel et sa relation avec le board, pas par un bloc d’actions.
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Capital d’OpenAI : Microsoft, Amazon, Nvidia et SoftBank
La répartition du capital post-levée de 110 milliards de dollars (annoncée le 27 février 2026) dessine un actionnariat dominé par quatre acteurs industriels.

- Microsoft détient environ 27 % du capital en base diluée, pour une valeur estimée autour de 135 milliards de dollars au moment de l’accord d’octobre 2025. C’est le plus gros actionnaire économique, mais sans contrôle opérationnel ni pouvoir de nomination au board.
- Amazon a injecté 50 milliards de dollars dans le tour de février 2026, ce qui en fait le contributeur unitaire le plus important de cette levée. Sa participation exacte en pourcentage n’est pas rendue publique, mais elle pèse désormais lourd dans la table de capitalisation.
- Nvidia et SoftBank apportent chacun 30 milliards de dollars dans ce même tour. Nvidia sécurise un débouché massif pour ses GPU, SoftBank poursuit sa stratégie d’accumulation de participations dans l’intelligence artificielle.
D’autres investisseurs financiers pourraient encore rejoindre l’opération selon OpenAI. La valorisation atteinte lors de ce tour dépasse les 300 milliards de dollars.
Dissociation entre capital et contrôle chez OpenAI
Nous observons un cas rare dans la tech américaine : le plus gros actionnaire économique (Microsoft, 27 %) n’a pas le contrôle. La Fondation (26 %) nomme le board. Les nouveaux entrants (Amazon, Nvidia, SoftBank) apportent des dizaines de milliards sans siège décisionnaire connu.
Cette architecture protège la mission initiale d’OpenAI, du moins en théorie. En pratique, la dépendance au cloud Azure de Microsoft, aux puces Nvidia et aux capitaux SoftBank crée des leviers d’influence indirects que la gouvernance formelle ne reflète pas.
La suppression du plafond de rendement change aussi la dynamique. Les investisseurs historiques qui avaient accepté un retour limité se retrouvent désormais dans une logique de marché classique. L’alignement entre mission non lucrative et rendement actionnarial devient un exercice d’équilibriste.
Fondateurs historiques et sorties du capital
Les cofondateurs originels de 2015 (Elon Musk, Sam Altman, Greg Brockman, Ilya Sutskever, Peter Thiel, Reid Hoffman) n’ont jamais détenu de parts dans l’association initiale, puisqu’elle fonctionnait comme une organisation à but non lucratif financée par des donations. Seuls 100 millions de dollars sur le milliard promis ont été effectivement versés.
Elon Musk a quitté le conseil d’administration en 2018. Greg Brockman a occupé le poste de président et CTO. Ilya Sutskever, ex-directeur scientifique, a quitté l’entreprise. Aucun fondateur individuel ne contrôle aujourd’hui un bloc d’actions significatif dans la PBC.

Levées de fonds d’OpenAI : chronologie et dilution
La trajectoire capitalistique d’OpenAI suit une accélération exponentielle.
| Date | Tour | Montant levé | Investisseurs principaux |
|---|---|---|---|
| 2015 | Donations fondateurs | 100 millions $ | Musk, Altman, Thiel, Hoffman, AWS, Y Combinator |
| Juillet 2019 | Corporate round | 1 milliard $ | Microsoft |
| Janvier 2023 | Corporate round | 10 milliards $ | Microsoft |
| Février 2026 | Méga-round | 110 milliards $ | Amazon (50 Md$), Nvidia (30 Md$), SoftBank (30 Md$) |
Le total cumulé dépasse 120 milliards de dollars. Chaque tour a dilué les participants précédents, y compris la Fondation. La valorisation post-money du dernier tour place OpenAI parmi les entreprises privées les mieux valorisées au monde.
Perspective d’IPO et évolution de l’actionnariat ChatGPT
La conversion en PBC et la suppression du plafond de rendement ouvrent mécaniquement la voie à une introduction en bourse. Une IPO redistribuerait les cartes : les investisseurs actuels pourraient céder une partie de leurs titres sur le marché secondaire, et de nouveaux actionnaires institutionnels entreraient au capital.
La question centrale reste la pérennité du pouvoir de la Fondation. Si elle conserve le droit de nommer le board après une IPO, OpenAI resterait contrôlée par une entité non lucrative malgré une capitalisation boursière potentiellement colossale. Un schéma comparable aux structures à classes d’actions multiples utilisées par Alphabet ou Meta, mais avec une fondation caritative à la manœuvre plutôt qu’un fondateur.
L’actionnariat de ChatGPT, en définitive, ne se lit pas comme celui d’une entreprise tech classique. Microsoft, Amazon, Nvidia et SoftBank fournissent le carburant financier. La Fondation OpenAI tient le volant, pour l’instant.