Quelle est l’habitude numérique qui pollue le plus ?

On parle souvent du streaming vidéo comme de l’habitude numérique la plus polluante. Dans les faits, le poste qui pèse le plus lourd sur l’empreinte carbone du numérique n’est pas un usage isolé, mais l’accumulation et le renouvellement des équipements : smartphones, téléviseurs, ordinateurs portables, consoles, montres connectées. En France, on compte plus de 800 millions d’équipements numériques, soit une dizaine d’appareils par personne selon les données relayées par l’ADEME.

Fabrication des terminaux : le vrai poids carbone du numérique

Quand on remplace un smartphone au bout de deux ans alors qu’il fonctionne encore, on ne paie pas seulement un nouvel appareil. On finance l’extraction de dizaines de métaux (tantale, lithium, terres rares) sur plusieurs continents, leur raffinage dans des usines énergivores, puis l’assemblage et le transport intercontinental du produit fini.

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Selon l’étude ADEME-Arcep, la fabrication et le fonctionnement des terminaux représentent environ la moitié de l’impact carbone du numérique en France. Le reste se répartit entre les data centers et les réseaux. Autrement dit, ce n’est pas l’email du lundi matin qui pose problème, c’est la tablette achetée en promo et rangée dans un tiroir six mois plus tard.

Un ordinateur portable mobilise des ressources en eau, en énergie fossile et en minerais bien avant d’être allumé pour la première fois. Allonger sa durée de vie de un ou deux ans réduit mécaniquement cette empreinte de fabrication, sans changer quoi que ce soit à nos habitudes d’utilisation quotidienne.

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Couloir d'un centre de données avec des rangées de serveurs informatiques, illustrant l'empreinte carbone et la consommation énergétique du numérique

Data centers et IA générative : le poste qui explose

Les concurrents SERP répètent que le streaming vidéo est l’activité la plus gourmande. C’était un raccourci acceptable il y a quelques années. Aujourd’hui, le facteur de croissance le plus rapide dans la pollution numérique, ce sont les data centers, dopés par l’IA générative.

Une concentration d’émissions sur quelques acteurs

En 2024, 163 grandes entreprises du numérique consomment environ 1,7 % de l’électricité mondiale. Plus de la moitié de cette consommation est concentrée sur une dizaine d’entre elles : Microsoft, Amazon, Meta, Alphabet en tête. Leurs émissions opérationnelles ont grimpé de manière spectaculaire entre 2020 et 2024, principalement à cause de l’entraînement et de l’inférence de modèles d’IA.

Quand on utilise un chatbot pour reformuler un email ou générer une image, on sollicite des serveurs qui tournent dans des centres refroidis par des systèmes gourmands en eau et en électricité. Chaque requête IA consomme nettement plus d’énergie qu’une recherche classique sur un moteur. Multipliée par des centaines de millions d’utilisateurs quotidiens, l’addition devient lourde.

Pourquoi on sous-estime cet impact

L’étude ADEME de 2024 a réévalué la part du numérique dans l’empreinte carbone nationale à 4,4 %, contre 2,5 % dans la version de 2020. Cette hausse s’explique en partie par un changement méthodologique : la prise en compte des data centers situés à l’étranger mais utilisés pour des usages en France. La part des centres de données dans ce total est désormais proche de celle des terminaux, autour de 46 %.

On n’a pas soudainement doublé notre consommation de vidéos. Ce qui a changé, c’est la puissance de calcul mobilisée en arrière-plan, souvent sans qu’on en ait conscience.

Streaming vidéo et scrolling : pollution réelle ou bouc émissaire ?

Le streaming vidéo reste une habitude énergivore. La consommation mondiale de vidéo en ligne génère des volumes considérables de CO₂ chaque année. Regarder un film en 4K sur un grand écran consomme davantage que la même vidéo en définition standard sur un smartphone. Réduire la résolution quand on ne voit pas la différence est un levier concret.

Le scrolling infini sur TikTok ou Instagram, en revanche, pèse moins par minute visionnée que le streaming longue durée. Son impact principal est indirect : il pousse à garder l’écran allumé plus longtemps et alimente le besoin perçu d’un téléphone plus rapide, ce qui accélère le cycle de remplacement.

  • Baisser la qualité vidéo d’un cran (de 4K à 1080p, ou de 1080p à 720p) réduit le volume de données transférées sans dégrader l’expérience sur un écran de taille moyenne.
  • Désactiver la lecture automatique sur les plateformes de streaming et les réseaux sociaux limite les transferts de données inutiles.
  • Privilégier le Wi-Fi plutôt que la 4G ou la 5G pour regarder des vidéos, car la consommation énergétique du réseau mobile est plus élevée par gigaoctet transmis.

Jeune homme regardant du contenu en streaming sur un téléviseur dans son salon, représentant la consommation vidéo numérique et son impact environnemental

Sobriété numérique : les gestes qui changent vraiment la donne

Trier ses emails ou vider sa corbeille, on en entend parler partout. Ces gestes ont un impact réel mais marginal par rapport au fait de garder son smartphone une année de plus.

Les leviers qui comptent vraiment se situent sur trois axes :

  • Allonger la durée de vie des équipements : réparer, acheter reconditionné, résister au renouvellement marketing. Passer de 2 à 4 ans d’utilisation d’un smartphone divise quasiment par deux son empreinte de fabrication.
  • Limiter l’usage de l’IA générative aux tâches où elle apporte une valeur réelle, plutôt que de l’utiliser par réflexe pour des questions qu’un moteur de recherche classique traite aussi bien.
  • Réduire le nombre d’appareils connectés au foyer : chaque objet supplémentaire (enceinte connectée, caméra, thermostat) a une empreinte de fabrication et sollicite des serveurs distants en permanence.

Les retours varient sur l’impact exact de chaque geste individuel, mais la hiérarchie reste stable dans toutes les études consultées : la fabrication pèse plus que l’usage, et l’usage IA pèse désormais plus que le streaming classique. Le geste le plus efficace reste de ne pas acheter l’appareil dont on n’a pas besoin.

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